24/05/2017

à l'origine de la régionalisation belge: un antisémite, Jules Destrée

 ORIGINE DE LA REGIONALISATION EN BELGIQUE

RACISME ET REVISIONNISME

 

 

Jules DESTREE

 

Padoan Bernard, Jules Destrée, patriote et raciste, LS 12/08/1995

 

Sire (. .. ), laissez-moi Vous dire la vérité, la grande et horrifiante vérité: il ny a pas de Belges.  De Jules Destrée, on ne retient bien souvent que cette phrase, tirée de sa célèbre “Lettre au roi sur la séparation de la Wallonie et de la Flandre”, adressée à Albert Ier en 1912.  Pour Jean-Philippe Schreiber, docteur en philosophie et lettres de l'ULB et chargé de recherches au FNRS (1), « c'est un peu court».  Une lecture attentive de la « Lettre», ainsi que des écrits antérieurs et postérieurs de Destrée l'ont amené à la conclusion que l'homme dont le Mouvement wallon a fait sa figure de proue n'était peut-être pas tout à fait celui que l'on croit.  On a beaucoup exagéré le trait en ce qui concerne Jules Destrée, surtout quant à sa pensée avant guerre, présentée comme nationaliste wallonne, voire séparatiste, explique l'historien.  Certes, Destrée aime avant tout la Wallonie, dont il contribuera à faire découvrir le patrimoine. Mais c'est l’ïdée qu'il se fait de la Belgique qu’ il défend en s'adressant au roi.  Une Belgique francophone, mais où l'on respecte les deux communautés.  C'est une pensée typique de la bourgeoisie de l'époque, dont Destrée fait partie.  Celle-ci voit dans le français la langue de l'élite, et dans le flamand le dialecte des masses populaires.  Ce que Destrée craint, c'est que les revendications flamandes qui se font jour à l'époque ne mettent en péril la nation telle qu’il la conçoit, c'est-à-dire francophone.  Il est d'ailleurs significatif que Destrée se soit adressé au roi, symbole même de l'unité du pays.  Il voit en lui la seule personne capable de mettre un frein aux revendications flamandes et d'empêcher que, par réaction, les Wallons ne se cabrent, provoquant l'éclatement du pays.  Jules Destrée n'est certainement ni séparatiste ni rattachiste.  C'est un patriote, explique Jean-Philippe Schreiber, et son patriotisme sera encore renforcé par l'expérience de la guerre. Il y voit les masses ouvrières, tant flamandes que wallonnes, défendre ensemble la patrie contre d'autres ouvriers, allemands ceux-là.  C'est un bouleversement intellectuel considérable pour de nombreux penseurs socialistes, comme Destrée ou Henri De Man.  Malgré l’artificialité de l’état belge, Flamands et Wallons ont réussi à construire une nation psychologique.  Les nuances apportées à la pensée de Destrée avant la guerre permettent de mieux comprendre comment, après guerre, il se «convertit” à l'unitarisme.  Devenu ministre des Arts et des Sciences, Destrée exalte désormais, sans contradiction apparente, le roi Albert et le cardinal Mercier, les deux symboles de la Belgique unitaire.

 

 

DESTRÉE ANTISÉMITE

 

Un autre trait méconnu de la personnalité de Jules Destrée, c'est son antisémitisme et son dégoût pour le métissage.  Certes, l'antisémitisme fait partie du bagage intellectuel du temps, explique Jean-Philippe Schreiber. A l'époque, on assimile les Juifs à la finance, à la ploutocratie et au cosmopolitisme.  Mais, chez Destrée, comme chez son maître, Edmond Picard, l'antisémitisme se teinte de considérations raciales. Il faut cependant rester honnête en disant que cet aspect de la personnalité de Destrée ne revêt pas un caractère fondamental dans son oeuvre.  Il n'empêche que c'est au titre de sa haine des métis que Jules Destrée aura des mots très durs pour... les Bruxellois, qui ont, selon lui, “additionné les défauts des deux races (flamande et wallonne), en perdant leurs qualités “.

 

 

MYTHE ET RÉALITÉ

 

Destrée patriote, Destrée antisémite... Drôle de portrait pour une figure légendaire du Mouvement wallon.  L'homme a peutêtre été victime des généralisations abusives d'une histoire vulgarisatrice qui n'a retenu de lui que “la» phrase de sa fameuse “Lettre».  Il est intéressant de noter qu'en 1981, lorsque l'institut Jules Destrée (le bien-nommé) publia une nouvelle édition de la « Lettre », il en élaguera certains passages où Destrée affirme clairement son patriotisme. Pour Jean-Philippe Schreiber, cela s'explique par le fait que l'historiographie wallonne est encore fort (trop?) imprégnée d'un esprit offensif, pas assez dégagée du politique.  La Wallonie est moins riche identitairement que la Flandre.  Elle se cherche des personnages et n'a gardé de Destrée que ce qui lui convenait, en évacuant les côtés les moins souriants de l'homme et en se refusant de faire une lecture complète de laLettre au roi”.  Dans quelques décennies, lorsque l'historiographie wallonne sera moins marquée, elle fera une lecture plus équilibrée de Destrée.  Et - pourquoi pas? - se posera “la» question: Destrée n'était-il pas tout compte fait, plus belge que wallon?

 

Quelques repères

- 24 août 1912: publication de la -Lettre au roi sur la séparation de la Wallonie et de la Flandre» dans le “Journal de Charleroi ».

- 16 février 1921: Jules Destrée préside la séance d'inauguration de l'Académie royale de langue et de littérature française.

- 16 mars 1929: Jules Destrée et Camille Huysmans signent le “Compromis des Belges”, dénonçant “comme funeste toute propagande tendant à la constitution de deux États séparés”.

 

 

 

J.G., L’ histoire travestie: Jules Destrée et la solidarité Bruxelles-Wallonie, LB 08/10/1981

 

“En 1923, Jules Destrée aura la probité de reconnaître qu’en niant l’existence des Belges dans sa lettre au Roi datant de 1912, il s’était trompé.”

08:50 Écrit par Better for Belgium: 9 provinces | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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